Mode opératoire

Mode opératoire

— Bonjour Docteur, bien dormi? Une péritonite vient d’arriver, les constantes sont bonnes, jeune femme de 18 ans, sans comorbidité, voici le dossier.

Je déteste quand ça commence comme ça. Il-y-a vingt ans que je suis chirurgien « du mou » et tailler dans des viscères pourris de bon matin ça me déprime.

OK,Show must go-on, scalpel, je me rends compte que l’affaire s’annonce difficile. La nécrose est importante, en réséquant je perfore l’artère iléocolique. Quel con, je n’étais pas concentré et j’ai la nausée. Le monitoring s’affole et l’anesthésiste aussi :

— Putain, elle s’enfonce, stoppe l’hémorragie vite, elle désature, tension à 6, bouge-toi ! 

Je n’arrive pas à réagir, le sang est partout, l’infirmière a beau aspirer je ne vois rien. « Clampez !  Docteur clampez ! » hurle-t-elle. 

Couvrant les cris, le bip redouté, strident et continu du moniteur cardiaque confirme que j’ai irrémédiablement merdé. 

Je me souviens sortir du bloc, vomir dans le couloir, m’effondrer et le trou noir. J’ouvre les yeux dans une chambre de l’hôpital. Mon chef de service est là :  

— Putain ! Tu déconnes, ce matin tu as opéré en étant positif à la cocaïne et avec un gramme d’alcool dans le sang, je viens d’avoir les résultats de tes analyses. Tu as replongé ?

Il a raison, j’ai déconné. Il me demande des explications que je suis incapable de lui donner. Excédé, il quitte enfin la chambre.

 Je me lève, j’ouvre la fenêtre, la vue du 8ème étage est superbe et ces nuages blancs ont un goût de paradis.

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